Un précieux cheptel d’irrésistibles mascottes

Tous les jours de l’année, les ânes de l’élevage de Régis Léau pâturent dans les prairies situées dans les remparts de Saint-Martin-de-Ré. Ils constituent ainsi le troupeau qui entretient les pelouses des fortifications.

Cette nourriture sobre sur ces grandes étendues d’herbes apporte aux animaux une alimentation équilibrée pour obtenir une belle stature et la taille idoine qui est requise pour la race (1,40m minimum au garrot pour le mâle et 1,35m pour la femelle).

Mais il s’en est fallu de peu que personne n’ait accès à ce paisible spectacle. Ces ânes appartiennent à la race sauvegardée des baudets du Poitou. Ils doivent leur survie, entre autres, à Régis Léau, le propriétaire du troupeau rétais. Il fait partie de ceux, qui avec quelques autres (une centaine d’éleveurs aujourd’hui), a permis la reproduction de cette race mulassière dont la sauvegarde a été déclarée cause nationale en 1979, par le secrétaire d’état au ministre de l’Agriculture de l’époque : Jacques Fouchier.

Le berceau de la race des baudets du Poitou se situe aux alentours de Melle dans les Deux-Sèvres, près du Marais Poitevin. À la fin des années 70, il n’en reste plus qu’une quarantaine de spécimens. C’était sans compter sur une centaine de passionnés entêtés, dont Régis Léau, qui ont alors décidé de faire de la reproduction pour rendre à ce terroir, la race d’ânes dont l’existence remonte au Moyen Âge et peut-être même avant. Aujourd’hui, elle n’est toujours pas sauvée mais en bonne voie de l’être. On compte environ 300 baudets du Poitou en race pure au monde.

Régis est venu tardivement à l’élevage d’ânes

Cette passion, Régis ne l’aura pas tout de suite. C’est d’abord son père André Leau qui décide au milieu des années 80 d’entreprendre un élevage d’ânes, mais un élevage d’ânes communs, c’est-à-dire que ni la stature, ni la robe, ni le poids de l’animal ne sont définis. En 1985, le père Leau, comme on l’appelle sur l’île, possède quatre ânes. En 1996, après avoir bourlingué, Régis décide d’intégrer l’entreprise d’élevage d’ânes de son père. Deux ans de formation et de dur labeur où il apprend la mise bas, la reproduction, les réveils nocturnes pour soigner les bêtes malades, leur nourrissage, l’usage du tracteur, la constitution des meules de foin, la manutention du foin pour nourrir les bêtes l’hiver…  Il devient fermier.

En 1998, il reprend l’élevage familial et décide de participer à la sauvegarde de la race des baudets du Poitou. Il achète son premier reproducteur et met en place la technique continue dite d’absorption par voie mâle, technique de reproduction qui consiste à améliorer la pureté de la race sur 28 ans. En 2001, les ânes intègrent les remparts de Saint-Martin-de-Ré. En 2003, l’achat de sa deuxième femelle baudet entraîne la naissance de Marlou-de-Ré fils d’Aubène et d’Espoir.  Marlou sera sacré champion national plusieurs années consécutives.

Des médailles et une asinerie, enfin !

La suite s’écrit avec beaucoup de bonheur et de nombreuses réussites : une série de naissances annuelles, toujours au printemps.

En 2023, c’est l’année des N, Noisette est né récemment. D’autres naissances sont à suivre.

De belles victoires s’en suivent, comme des médailles obtenues lors des concours nationaux à l’asinerie de Dampierre sur Boutonne. Pas plus tard qu’à l’été 2021, Falco, papa de Lascar, Lucky, Lord et Lupin, a été sacré champion. Gloire aussi à Bosco qui fit une chute terrible dans les remparts mais qui l’année suivante finissait deuxième au concours, un an après avoir frôlé la mort. Et Gloire à Sultan, le bien nommé qui a été vendu à l’armée indienne. Gloire enfin à Balthazar, médaillé d’or en 2013 et représentant de la race au Salon international de l’agriculture en 2014 !

L’avenir s’écrit maintenant avec plus de confort pour tout le cheptel (plus de soixante ânes au total dont une bonne vingtaine de baudets du Poitou) et pour l’éleveur, avec la création d’une asinerie au Bois-Plage, en face le Vert Clos.

Ce bâtiment est synonyme d’assurance, pouvoir mettre les ânes à l’abri quand ils seront malades ou quand les femelles vont mettre bas. Ce sera enfin un équipement avec l’électricité et l’eau courante.  Cela facilitera les soins et les alarmes nocturnes quand une naissance arrivera.

Tous les voyants sont au vert pour que ce patrimoine vivant fasse l’admiration des visiteurs dans les fortifications Vauban pendant de longues années encore. Avec la construction de l’asinerie, les projets pédagogiques se déclinent à l’envi : projet avec des scolaires, avec les résidents des Ephad…

Icône emblématique de l’île, grâce au travail acharné et constant de Régis Léau, l’âne se décline aujourd’hui en objets dérivés : peluches, magnets, cartes postales, sets de table. Régis Léau pour se protéger des faussaires et d’une exploitation de l’image d’Epinal de l’âne a déposé la marque « ânes en culotte » auprès de l’INPI. Après tout, c’est lui qui veille sur ce si précieux cheptel 365 jours par an et c’est bien grâce à lui que les vacanciers et les Rétais ont définitivement adopté cet animal comme mascotte.

Connaissez-vous une mascotte plus charmante ? Aujourd’hui, la vraie star de l’île de Ré, la plus photographiée, filmée, c’est définitivement l’âne de l’île de Ré qui fait l’unanimité.

Paul Brault et Virginie Valadas

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